C’est un spectacle comme une chanson joyeuse, un vivant poème dédié à tous ceux qui ont vu leur vie balayée « un beau matin » par l’ouragan, le cataclysme qu’il soit météorologique, historique, social ou sentimental ; ceux qui se sont retrouvés en mille morceaux éparpillés, leur univers dévasté, leur famille envolée, leurs repères évaporés, leur vérité foudroyée. Marie-Pierre donne corps et voix à l’une de ceux-là, une héroïne épique et clownesque à la fois.
Une qui se serait construite, bout à bout, dans les débris laissés par le chaos. Une qui aurait façonné son réjouissant chef-d’œuvre à partir de la catastrophe. L’histoire d’une résilience ? Hélène Azéma

Mise en mots et écriture/Le mot de Pierre Astrié

Elle va de ville en ville, de place en place, tirant sa maison à bout de bras. Sa maison, mais qu’est-ce donc ? Une cariole ? Une cabine ? Une énigme, une chimère. Faite de bouts.
Elle est là, dans le monde, il faut bien qu’elle soit quelque part puisqu’elle existe. Alors elle est là, sur la place, elle fait ses petites affaires, toute seule, c’est Diogène dans son tonneau. Mais les autres sont là eux aussi, qui la regardent trafiquer sa chimère de maison.
Alors puisque de toutes façons ils sont là à se demander ce qu’elle peut bien fabriquer, elle va essayer de le leur dire. Leur dire qui elle est. Mais comment dire quand on n’a pas les mots ? Ou qu’on a seulement quelques mots en désordre pour se raconter, des bribes, des souvenirs en vrac, et qu’on est faite aussi de bouts, comme sa maison, comme tout un chacun.
Ouragan, c’est cette tentative, dire son histoire sans avoir les mots pour le faire, mais le faire quand-même, joyeusement, généreusement, et peu importe, l’important c’est d’être là, dans cette tentative, à partager ces énigmatiques souvenirs mélangés, qui sont autant d’instants d’humanité.

Après Bon cirage… bon présage, et Morena la griotte, Marie-Pierre, musicienne et comédienne, relève un troisième défi de spectacle de rue en solo. Elle avait au départ des intuitions, le désir de travailler à partir de différents matériaux littéraires proches de son univers. Elle en a fait part à Hélène Azéma (metteuse en scène), Daniel Fayet (scénographe), Pierre Astrié (écrivain), et Éric Pastor (musicien). Le déclencheur a été l’objet scénographique inventé par Daniel Fayet après ces échanges. Cette chimère roulante, matière à jeu, a été le point de départ du processus d’improvisations de la comédienne, accompagnée d’Hélène Azéma et Pierre Astrié, processus au bout duquel Ouragan est né de cette écriture collective, confirmant que les intuitions de Marie-Pierre étaient les bonnes.